Réputée « ville de riches », Nice est en fait la 4ème ville la plus pauvre de France avec, selon un récent rapport de l’Observatoire des inégalités, un taux de pauvreté effrayant de 21%, soit 74.000 personnes. En valeur relative, seule Marseille fait pire parmi les grandes villes françaises. Et encore, une partie de la réalité est masquée par la relégation de nombreux foyers modestes dans le moyen et le haut-pays du fait du coût du logement plus haut que dans les autres métropoles, à l’exception de Paris. Pour ceux qui restent en ville, faute de moyen de locomotion, la difficulté à se loger décemment et le déficit abyssal de logements sociaux est un facteur aggravant.

Nous payons aujourd’hui des décennies d’incurie dans l’aménagement du territoire, la politique sociale et celle du logement, ainsi qu’une absence de réflexion sur une transition économique pour sortir de la mono-industrie touristique. Le modèle actuel, dont l’extrême fragilité a été mise à nu par la crise du Covid, est une fabrique d’inégalités, de travail précaire et de chômage endémique. Il contraint au départ beaucoup de nos jeunes, parmi les plus brillants. C’est comme si tout avait été fait pour faire disparaître la classe moyenne, qui est depuis toujours le cœur économique des villes. Les différences de revenus s’accroissent plus qu’ailleurs et, entre ceux qui sont assis sur un patrimoine immobilier et la masse de pauvres qui vit avec moins de 60% du SMIC, il y a de moins en moins de monde.

La crise actuelle doit permettre aux responsables politiques locaux, et tout particulièrement au Président de la Métropole, de prendre la mesure de la situation pour impulser un modèle plus équilibré. Compte tenu du prix du foncier, la tâche n’est pas simple, mais c’est la seule voie pour lutter contre le déclin de notre ville et de sa classe moyenne. Cela passe par une réflexion profonde sur l’aménagement du territoire, qui dépasse l’Opération d’Intérêt National dite Eco-vallée dont les résultats tardent à se manifester faute d’une réelle stratégie foncière. Nous ne sommes pas en mesure de proposer des terrains adaptés à des entreprises industrielles qui souhaiteraient s’installer dans notre région. Nous n’arrivons même pas à accompagner le développement de l’industrie locale, l’imbroglio du déménagement de Malongo à La Gaude qui s’éternise depuis près de quinze ans en est la plus triste illustration.

Nous souffrons aussi de notre enclavement et de notre dépendance à l’aéroport. La ligne nouvelle Provence-Côte d’Azur facilitera la vie des usagers du train du quotidien – ou tout du moins de leurs enfants tant l’horizon apparaît lointain – mais elle ne répondra pas à la coupure ferroviaire de notre territoire avec le reste de l’hexagone et de l’Europe. Dans un monde où le temps s’accélère, être à près de 6 heures de train de Paris ou de Turin est une aberration que l’on va continuer à payer longtemps si rien n’est fait.

Enfin, à la lumière de l’année écoulée, nous devons aussi repenser notre autonomie alimentaire en recensant les terres qui pourraient être convertis à une agriculture durable. Notre territoire regorge d’eau et de terres fertiles, utilisons-les ! La demande de produits issus de circuits courts est en train d’exploser. 

Le monde change sous nos yeux, les autres grandes villes s’y adaptent. Nice s’embellit, c’est indéniable, mais faute de changement, elle va continuer de compter ses pauvres, de plus en plus nombreux, et les occasions manquées.

Tribune parue dans Nice-Matin du 28 janvier 2021